Epidoine 62 – Phoenix / Wolfgang Amadeus Phoenix

Wolfgang Amadeus Phoenix
Ecoutez en lisant : Lisztomania et 1901
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Isidore, essouflé, les bras écartés pour tenir les deux combattants à distance, le visage rouge comme en pleine canicule, se remémorait la suite d’événements qui l’avait conduit là.
Il était sorti tranquillement du métro, avait aperçu son ami Alex se battre, ce même Alex qui lui avait crié quelque chose, tandis qu’il martyrisait le bras de son opposant. Isidore ne se souvenait plus ce qui avait été dit. Il se rappelait en revanche avoir tenté de les apaiser vocalement, en vain, puis de s’être positionné pile au milieu des deux, d’avoir récupéré quelques coups perdus, notamment de la part de son ami. Que lui avait-il dit, déjà, son ami Alex ?
Puis il avait finalement réussi à les séparer, le pauvre inconnu à terre, tenant son bras endolori dans la main qui lui restait, tandis qu’Isidore plaquait contre le mur Alex, qui continuait de crier. Que criait-il ?
Isidore reprenait difficilement son souffle, et il sentait qu’il lui manquait une information majeure, celle qui lui permettrait de remettre les pièces du puzzle en place, et, du moins il l’espérait, de raisonner Alex. Ce dernier avait beau crier à quelques centimètres de l’oreille d’Isidore, celui-ci n’arrivait pas à l’écouter. Soudain, un mot fit tout basculer. Un simple mot, enfoui au milieu des injures et autres grognements, réussit à émerger du brouhaha pour se loger dans le tympan d’Isidore. Ce mot, c’était « Beatles» .
En un éclair, tout revint à Isidore : le pauvre homme ensanglanté à terre, qui le regardait à présent comme on regarde le maître chien qui parvient avec toutes les peines du monde à maîtriser le doberman qui vient de vous arracher une main, les yeux pleins de reconnaissance, mais encore embués par la peur phénoménale que le chien se défasse de l’emprise, ce pauvre homme avait ni plus ni moins insulté le groupe pour lequel Isidore avait épuisé tous les superlatifs musicaux. Isidore sentit l’adrénaline monter en lui, ses oreilles se mirent à rougir, il entendait des guitares et des claviers partir à cent à l’heure, menés par une batterie électronique, et une petite voix frêle (la sienne ? était-il en train de crier lui-même ?) qui donnait tout ce qu’elle avait.
L’homme commençait seulement à sourire à son sauveur lorsqu’Isidore se jeta sur lui pour le rouer de coups. L’homme se remit à crier, terrorisé, et il fallut l’intervention in extremis d’Alex pour empêcher son ami de donner ne serait-ce qu’un coup de pied. A son tour, il le plaqua contre le mur pour le calmer. Dès que l’opportunité se présenta, l’autre homme se releva et se mit à courir le plus rapidement et le plus loin possible, en hurlant « Allez vous faire soigner, bande de tarés !» .








